VICTOR BUTTIN

Victor buttin

 

 

 

 

Victor Buttin une star villeurbannaise des rings

Très peu d’hommes ont battu le plus célèbre des boxeurs français, Marcel Cerdan. Le Villeurbannais Victor Buttin fut l’un d’eux, en 1942.

L’enclume et le marteau lui ont forgé un corps d’acier. Lui, le fils d’un ouvrier du textile, né en 1919 au Tonkin, est devenu très jeune l’homme le plus fort de Villeurbanne, car son métier de forgeron a contribué à sa musculature plus que n’importe quel sport. Au cours des années 1930, Victor Buttin se rallie au "noble art", la boxe, qu’il apprend auprès du champion Robert Tassin. Il enchaîne d’abord les combats au sein des clubs de Villeurbanne et de la région lyonnaise, puis sort du lot en mars 1939, en remportant la demi-finale des championnats de France amateurs, dans la catégorie des poids moyens. La presse commence alors à parler de celui que le public surnomme affectueusement "Le gone Totor" : « Superbe athlète que ce Victor Buttin. La ligne ressemble à celle de Georges Carpentier au moment de sa splendeur : élégante, muscles longs ». À l’entraînement, « il semble qu’il fut plutôt danseur à la corde. L’aisance, la mobilité avec lesquelles il s’élance en sautant sur les pointes, n’ont rien de commun avec un travail de force » (Le Matin, 22/10/1941).

Pourtant, que l’on ne s’y trompe pas. Derrière son élégance, et une cordialité sur les rings qui lui vaut une réputation de gentleman boxeur, Buttin se révèle une impitoyable machine à frapper : « Il dut sa victoire sur Thouvenin à son forcing et à ses directs du gauche répétés, au moyen desquels il marqua de nombreux points » (Lyon Républicain, 13/3/1939). Ses poings agissent comme des massues, tandis que son corps fait preuve d’une remarquable résistance aux coups que lui portent ses adversaires.

Passé professionnel à la fin de 1939, alors qu’il a à peine 20 ans, notre Villeurbannais se mesure désormais aux plus grands, les Menozzi, Tenet, Diouf, Pankowiak, Despeaux. Il se bat à travers toute la France, dans l’arène du Prado à Marseille, en 1940, puis à Toulon, au Palais d’Hiver à Villeurbanne, où il se produit pour la première fois en décembre 1940, suivi du Cirque d’Hiver, du Grand Palais et même du tristement  célèbre Vel d’Hiv, à Paris en 1941 et 1942. Le 15 août 1942, il se rend à Alger, où il défie le champion de France et champion d’Europe, Marcel Cerdan. Les journaux saluent son courage, d’autant plus que "Totor" se remet à peine d’une opération de l’appendicite. Personne ne parie sur sa réussite face au "bombardier" Cerdan.

Et pourtant, l’incroyable se produit : après 8 rounds, Buttin est déclaré vainqueur ! Seuls trois autres hommes eurent cet honneur, sur les 117 combats que livra Marcel Cerdan. Le Villeurbannais atteint alors le sommet de sa gloire. En novembre 1942, il mène au Vel d’Hiv, devant plusieurs milliers de spectateurs « la plus belle rencontre » de la soirée : « Le Lyonnais Buttin […] travaillant avec précision, en larges crochets, ébranla plusieurs fois le Lensois Renet, et l’envoya même au tapis à la 5e reprise » (Le Progrès, 2/11/1942). Il ne lui reste plus qu’à conquérir le titre de champion de France des mi-lourds. Il l’obtient après de nombreuses tentatives, en 1943, le perd puis le reconquiert à plusieurs reprises entre 1944 et 1947. Sa plus grande victoire a lieu à un moment historique. Le mardi 8 mai 1945, alors que le journal Le Patriote annonce en "une" la nouvelle que tout le monde attendait, la capitulation de l’Allemagne, un encadré rend compte en page deux de la victoire de Buttin sur Al Renet, par laquelle notre concitoyen retrouve son titre de champion de France.

Au total, Victor Buttin livre 44 combats en tant que professionnel. Il affiche à son palmarès 21 victoires, obtient 5 matchs nuls et est battu 18 fois. Tous les rings de France le réclament : les uns pour des matchs de gala – comme en janvier 1943 au Palais d’Hiver, où près de 3 000 personnes le voient affronter Jean Despeaux (L’Ouest-Eclair 4/1/1943) –, d’autres pour de nobles causes, comme l’aide aux déportés de la Loire en 1945, qui lui donne l’occasion d’affronter Cerdan pour la deuxième fois (Le Patriote, 10/12/1945). Mais la plupart du temps, Buttin combat pour conserver son titre de champion de France, que convoite la jeune génération. Et malgré tous ses efforts, les victoires se font rares. "Totor" manque de punch, disent les spécialistes ; il ne dispose pas « à l’entraînement, d’adversaire à sa mesure, et ne peut pas faire sa mise au point », rétorquent ses supporters (Le Progrès, 2/11/1944). À partir de mars 1947, Buttin cumule les défaites ; il ne se bat plus que de temps en temps, rate une tournée aux États-Unis en 1948, et finit par raccrocher ses gants en avril 1949. Il poursuit alors sa carrière comme entraîneur. Sa ville natale n’oublie pas ses exploits : le 17 janvier 1990, à peine quelques heures avant la crise cardiaque qui devait l’emporter, le maire Charles Hernu donne son nom à une salle du Cercle pugilistique, rue du 4-août-1789. Victor Buttin, lui, meurt à Villeurbanne le 19 octobre 1996.

 

 

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